LA CAISTAB : Stabiliser, Valoriser et Relancer les filières agricoles du Gabon

Alors que le Gabon cherche à diversifier son économie et réduire sa dépendance aux hydrocarbures, l’agriculture redevient un enjeu stratégique. La Caisse de Stabilisation et de Péréquation (CAISTAB), institution publique emblématique, est en première ligne pour réguler et dynamiser les filières café et cacao. Entre ambitions, défis et résultats concrets, nous avons rencontré Monsieur Ismaël Gnamalengoungou Oligui, Directeur Général, qui nous livre sa vision pour l’avenir de ces cultures emblématiques.

Pouvez-vous rappeler aux lecteurs la mission principale de la CAISTAB ?

Ismaël Gnamalengoungou Oligui (I.G.O.) : Notre mission est claire : stabiliser les prix payés aux producteurs, garantir de revenus justes, soutenir la relance des plantations et promouvoir la transformation locale. Nous agissons comme un régulateur et un partenaire de terrain, en assurant la sécurité économique des planteurs tout en contribuant à la diversification de l’économie nationale.

Où en est aujourd’hui la production nationale de cacao ?

I.G.O. : Les chiffres sont encore modestes, mais les perspectives sont encourageantes. En 2023, la production de cacao s’est élevée à environ 103,56 tonnes. L’objectif fixé par le gouvernement est ambitieux : passer de 250 tonnes en 2022 à 3 000 tonnes en 2025, soit une multiplication par 12.

Cela traduit notre volonté de repositionner le Gabon comme un acteur crédible sur la scène cacao-culture africaine.

Et du côté des ventes et des prix, quelles évolutions constatez-vous ?

I.G.O. : Sur la campagne 2023/2024, nos achats de fèves de cacao ont bondi de 85 %, atteignant près de 143,4 tonnes. Les ventes locales se sont élevées à 163,4 tonnes, tandis que les exportations ont représenté 25 tonnes.

Concernant les prix bord-champ :

  • Le cacao grade 2 est resté stable à 800 FCFA/kg.
  • Le cacao grade 1 a connu une revalorisation importante, passant de 1 200 à 2 000 FCFA/kg.
  • En moyenne, le prix consolidé s’est établi à 1 360 FCFA/kg, soit une hausse de 13,3 %. Ces performances ont permis de générer un chiffre d’affaires supérieur à 185,2 millions de FCFA sur la seule filière cacao.

Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ?

I.G.O. : Les défis sont nombreux :

  • La faible productivité de certaines plantations, souvent vieillissantes.
  • Le manque d’investissements : en 2023, environ 553 millions de FCFA ont été injectés dans la filière, mais l’essentiel a servi à la logistique, pas aux intrants agricoles.
  • Les faibles volumes exportés, qui ne dépassent pas pour l’instant quelques dizaines de tonnes.
  • Enfin, l’attractivité limitée du secteur pour les jeunes, qui préfèrent souvent les métiers urbains.

Quelles sont vos priorités pour relancer durablement la filière ?

I.G.O. : Nos priorités sont claires :

  1. Réhabiliter les plantations grâce à des plants améliorés et à l’appui technique.
  2. Structurer les producteurs en coopératives pour mieux organiser la commercialisation.
  3. Investir dans la transformation locale afin de produire du chocolat et des dérivés « Made in Gabon ».
  4. Miser sur la qualité et la certification (bio, commerce équitable) pour conquérir de nouveaux marchés.
  5. Encourager les jeunes à s’engager dans l’agriculture, en rendant ce secteur plus rentable et attractif.
  6. Structurer la production autour de centres d’excellence.

Monsieur le Directeur Général, un mot pour la conclusion ?

I.G.O. : L’agriculture est au cœur de la diversification économique du Gabon. Nos résultats montrent que la filière cacao-café retrouve des couleurs, mais le chemin reste long. La CAISTAB continuera d’être aux côtés des producteurs pour transformer ces ambitions en réalités durables.

CAISTAB : Chiffres Clés (2021-2025)

Le budget de la CAISTAB a connu une progression, passant de 16,7 milliards de FCFA en 2021 à 17,3 milliards en 2023. Le budget 2025 est fixé à 19,9 milliards de FCFA, marquant un léger repli après le pic d’environ 21 milliards en 2024.

Les ventes combinées de café et de cacao ont bondi de 36 à 162 millions de FCFA entre 2023 et 2024, soit une croissance de plus de 300 %. Pour le seul cacao en 2022, les ventes locales ont augmenté de 71,3 % pour atteindre 83 tonnes, générant 55,37 millions de FCFA. Les achats de fèves ont également crû de ≈15,6%, atteignant 128,38 tonnes.

L’objectif stratégique (PSGE) est d’atteindre 1 000 tonnes de café et 3 000 tonnes de cacao marchands. Le programme JECCA (2017-2021) a installé 300 jeunes et créé 426 hectares de plantations. Des plans prévoyaient l’installation de 250 jeunes supplémentaires en 2022.

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